
l y a moins de dix ans, peu connaissaient
l'avocat Wang Canfa et son Centre d'assistance légale aux
victimes de la pollution (CLAPV), une ONG qu'il a
créée en 1998 au sein de la Faculté de science
politique et de droit de l'université de Chine, à
Pékin, où il enseigne les lois environnementales.
Aujourd'hui, le numéro vert du centre reçoit en
moyenne une dizaine d'appels par jour, la plupart en provenance des
campagnes, où vivent plus d'un Chinois sur deux et où
le contrôle antipollution est très aléatoire.
Dans le trois-pièces qui sert de bureau à l'ONG sur
le campus de l'université, deux étudiantes
bénévoles notent les doléances de leurs
interlocuteurs, puis les soumettent aux avocats de l'équipe.
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Les cas qui aboutissent à des actions en justice - une
quinzaine par an - sont défendus gratuitement.
"Dans les
campagnes, les gens sont souvent pauvres. La pollution, en
affectant leurs moyens de subsistance, les affaiblit encore
davantage. C'est très lourd pour eux d'intenter une action
en justice", explique Wang Canfa, dont l'action, à
défaut d'être financièrement aidée par
le gouvernement, est du moins reconnue en haut lieu. Sur le
terrain, ces "avocats aux pieds nus" sont les seuls à
opposer une résistance à ceux qui polluent
impunément : les contrôles ne parviennent pas à
être dissuasifs car les amendes sont trop faibles et les
sanctions rarement appliquées.
Seuls un tiers des quelque 90 procès défendus par
M. Wang et son équipe depuis 1998 ont été
remportés. Selon l'ONG, la plupart des échecs
résultent de décisions abusives des cours de justice
: dans les cas jugés sensibles, la décision finale
émane en coulisse du comité des affaires
légales du Parti communiste local, qui a pouvoir de veiller
à ce que la justice soit conforme à la "ligne" du
parti - en réalité, aux intérêts des
caciques locaux et de leurs protégés. Or, les
entreprises polluantes sont une source de revenus pour les
localités. "Systématiquement, le pouvoir local
prend le parti des pollueurs", constate Zhang Jingjing, une
ancienne avocate d'affaires qui a rejoint l'ONG.
PROCÈS EN NOM COLLECTIF
Par souci de rationalisation, les procès en nom collectif
sont autorisés en Chine dans les campagnes (alors qu'ils
sont par exemple proscrits à Pékin), et c'est sous
cette forme que sont lancées la plupart des actions
défendues par le CLAPV. En 2005, la victoire des habitants
de Pingnan, dans la province du Fujian, face à une
entreprise chimique locale, défraya la chronique car elle
regroupa un nombre record de plaignants (plus de 1 700).
"Certes, les plaignants furent déçus par la
faiblesse des compensations, dit Mme Zhang.
Mais la victoire a eu beaucoup d'impact : le gouvernement
local a changé d'attitude et a entamé des discussions
avec les paysans, alors qu'il avait toujours refusé de le
faire." Dans le Jiangsu, le CLAPV a obtenu une indemnisation
pour 97 éleveurs de poissons dont les étangs ont
été contaminés. Dans le Hebei, 200 personnes
ont intenté une action contre les émissions toxiques
d'une centrale thermique.
Mais le succès, tout relatif, des actions en nom
collectif a déjà provoqué un retour de
bâton, et, depuis 2006, elles sont plus difficiles à
monter : "Il faut désormais obtenir l'accord du barreau
où se tient le procès. Les avocats qui y participent
doivent recevoir l'approbation des partenaires du cabinet dans
lequel ils sont enregistrés, ce qui ouvre la porte à
toutes les pressions", dénonce Mme Zhang. En
outre, ces actions sont désormais restreintes aux tribunaux
subalternes - où les juges sont plus corrompus. "Alors
on fait autrement. Par exemple en amenant le comité de
village à porter plainte au nom des habitants. Mais,
souvent, le comité n'est pas indépendant",
poursuit-elle.
Ces nouvelles restrictions contredisent les résolutions
prises par le ministère de l'environnement, qui en appelle
à améliorer les mécanismes de participation du
public dans la protection de l'environnement et à une action
élargie des ONG. "C'est hypocrite car il y a de plus en
plus de conflits liés à l'environnement,
déclare Zhang Jingjing. Les tribunaux n'ont pas les
moyens de les traiter individuellement. Les actions en nom
collectif sont la meilleure façon de canaliser la
colère qui provoque chaque année quelque 40 000
disputes autour des questions environnementales."